Marre de ce mec-là !

On se remet comme on peut des violences de ces hommes. C’est un long chemin, mais à force, les femmes arrivent souvent à surmonter leurs douleurs. Jusqu’à ce que les dénis les réveillent.

Je trouve que c’est cela le plus dur à supporter. Ce ne sont pas les coups et les mots qui, s’ils restent marquants pour nos corps et nos âmes, peuvent la plupart du temps être mis en sourdine. Ce n’est pas non plus l’aveuglement de celles et ceux qui n’ont rien vu ou pas accepté de voir ou d’entendre. Non, le pire, ce sont les dénis des agresseurs une fois démasqués et accusés.

Parce que quand on arrive à passer ce cap, celui de la honte pour regarder en face ce qu’on a supporté, souvent en silence, il faut faire face à celui qui dit « ce n’est pas vrai », « je ne suis pas un homme violent », «  je n’ai jamais fait de mal à une femme », « les femmes, je les aime », et tous les mots derrière lesquels ils se cachent pour ne rien admettre, ne rien reconnaître.

Nous, les femmes qui avons été battues, humiliées, violées, nous avons eu tellement de mal à mettre des mots, à sortir, nous aussi, du déni, que je perçois leur difficulté à reconnaitre leurs actes. Cela n’excuse rien bien sûr. J’essaye juste de comprendre comment ils en arrivent à occulter le mal qu’ils ont fait. Pour beaucoup de femmes, il n’y a pas de témoins, ce qui rend les dénégations plus aisées, mais quand 10, 15, 30 femmes racontent ce qu’elles ont vu, ce qu’elles ont ressenti, pressenti, que se passe-t-il dans la tête de celui qu’on accuse ?

Je n’ai pas la réponse et dans les livres que j’ai pu lire sur le sujet, il est souvent écrit que c’est sans espoir, qu’il ne reconnaitra jamais et que la seule solution est de fuir ces prédateurs, souvent nommés pervers, voire pervers narcissiques. Je n’ai pas trouvé le livre dont le titre aurait été « J’étais un pervers narcissique, je vous explique comme on fonctionne ». Et puis finalement, c’est facile de trouver une pathologie aux hommes qui violentent des femmes qui les supportent. On s’en fout qu’ils soient psycho ceci ou cela. On voudrait juste qu’ils reconnaissent le mal qu’ils font et qu’ils arrêtent.

Je voudrais aussi que tous ceux (et quelques-unes) qui alimentent les dénis, qui crachent à longueur de commentaires sur les articles qui relatent les faits, que tous ces gens derrière leur écran, qui humilient encore les femmes qui ont subit et osent enfin parler, se taisent. Que si leur minimum d’intelligence ne leur permet pas de compatir, qu’ils et elles aient au moins la décence de la fermer.

J’aimerais aussi que l’on cesse de rabâcher cette histoire de présomption d’innocence qui ne sert qu’à mieux les couvrir. On n’est pas innocent quand autant de femmes, dans ce cas précis de Bruel, relatent leur histoire ou même, seulement, ses comportements virils, machistes, comme on pouvait déjà les percevoir en 1982 à travers les paroles d’un de ses premiers tubes. Il n’avait alors que 25 ans, mais regrettait déjà les câlins de sa maman !
J’en ai marre de cette nana-là
Marre de cette nana
J’étais bien mieux avant
Câliné par maman
Tout l’temps, tout l’temps, tout l’temps, tout l’temps

Ah, c’était donc ça ! Pauvre petit chou, maltraité par les femmes. À l’époque, je me souviens avoir tellement entendu, sur le ton de la rigolade : toutes des putes, sauf maman bien sûr !

Ils ne sont pas innocents, tout juste inconscients, mais il est temps que leur conscience les rattrape et qu’enfin, ils reconnaissent le mal qu’ils ont fait et celui qu’ils font encore.

https://blogs.mediapart.fr/zazaz/blog/190526/marre-de-ce-mec-la

 

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